Aujourd’hui, nous avons la chance de rencontrer Martine Marion, une personne trans qui a accepté de venir parler de son parcours afin que nous comprenions son vécu et les réalités que vivent les personnes trans lors de leurs transitions!

 
Début de l’entrevue :

Seven sens :
« Bonjour Martine! Bienvenue à cette entrevue pour le blogue de guidekink.com.
Merci d’avoir accepté notre invitation!
Le blogue vise à discuter sur les sexualités alternatives comme par exemple, la communauté LGBTQIA+ et aussi, à offrir des conseils aux gens.
Nous souhaitons souligner la Journée de la visibilité TRANS le 31 mars 2022.
Peut-être commencer par te présenter? »

 
Martine : « Moi c’est Martine Marion, j’ai 49 ans, je suis de l’Est de Montréal. Mon nom Tik Tok est Martine_national. J’invite tout le monde à aller consulter ma page Tik Tok. Je suis une femme trans, je suis née dans le mauvais corps. Je suis née à Ottawa et pour mettre en parenthèse, c’est pas un choix. C’est inné en nous, c’est dans les gènes, les chromosomes, c’est un débalancement hormonal. La nature t’a mise au monde dans le corps qui t’appartient pas. Je fais partie de cette génération-là où le mot trans n’existait même pas. Dans le dictionnaire des psychologues, t’étais considéré comme fou, folle. Il n’y avait pas de normalité là-dedans. Bref, il m’est arrivée deux événements dans ma jeunesse qui a fait en sorte que j’ai dû mettre Martine dans une petite boite au plus profond de mon âme et qui a sombré en moi par peur. Pendant toutes ces années-là, j’ai été. Ben moi je vais te le raconter. Moi il y a cet homme-là qui marchait fièrement, s’habillait en femme. C’est arrivé souvent quand j’avais 7 ans. J’idéalisais tellement cette personne-là. Pis un jour, il y a trois personnes qui se sont rapprochées de cette personne-là, pis ils l’ont battu. Et puis cette personne-là était à terre ensanglantée et demandait de l’aide. Ça a pris du temps pour que quelqu’un vienne l’aider. Fack dans ma tête à moi, quand j’étais témoin de ça. Je me suis dit, je ne passerai pas au travers de ça comme cette personne-là passe au travers. Fack c’est là que tsé j’ai mis un masque et créé Martin. Et puis, un autre événement qui est arrivé à 7 ans. Toute est arrivé à 7 ans. J’ai été abusée sexuellement par un voisin pédophile qui utilisait le chantage pour assouvir ses pulsions sexuelles. Pis a duré pendant 4 ans. Fack tsé j’ai perdu la petite fille qui était en moi, j’ai perdu ma jeunesse. Et puis, j’ai grandi avec ses secrets-là, pendant toutes ces années-là. À l’adolescence, j’ai sombré dans l’alcoolisme. On est déménagé de Ottawa au Témiscamingue dans un village de 300 de population. Je savais très bien que je ne pouvais pas. Qu’il n’y avait pas d’aide, pas rien. Que je puisse être Martine comme vraiment délaisser cette idée-là et j’ai abandonné l’idée. J’ai sombré dans l’alcoolisme et j’ai lâché l’école. Puis, à 26 ans, j’ai décidé de me donner un coup de pied au derrière et de reprendre ma vie en main. Je suis allée à l’école aux adultes et j’ai terminé mon secondaire 5. Je suis revenue dans mes racines à Gatineau où j’ai rencontré mon ex et j’ai eu deux belles filles. Puis, j’avais une bonne job. Je travaillais au sein du gouvernement fédéral où je travaillais comme sous-contractante aux affaires étrangères. Pis à 43 ans, c’est là que j’ai eu ma révélation. Mon ex était partie faire des commissions. Les enfants étaient partis à l’école. Pis je sortais de la douche. Et puis, je me suis regardé dans le miroir. J’ai un mal qui s’est installé. J’étais mal à l’aise. Il y a quelque chose qui ne fonctionnait pas. Au point où j’en avais des sueurs froides. Je me suis regardé dans le miroir. Mon subconscient s’est mis à me parler, à me dire Martine c’est pas toi ça, tu n’es pas bien dans ton corps. Laisse-toi sortir de là. T’es pas heureuse. Tu t’auto-tortures, tu te fais du mal, tu mens aux autres mais surtout tu te mens à toi-même. Fack c’est à partir de ce moment-là que j’ai fait des recherches. Vu que j’étais réceptionniste, durant mes temps libres, j’allais faire des recherches sur le sujet, sur la chirurgie. La chirurgie c’était très important pour moi parce que à 6 ans, je cachais mon pénis entre mes eux jambes. »

Seven sens : « Wow quand même »

Martine : « Quand même hein! Fack pour moi la chirurgie c’était primordiale. Donc j’ai fait des recherches à ce niveau-là, comment les dilatations, les procédures pour avoir des hormones, pis la chirurgie. Un an plus tard quand j’étais prête, j’en ai parlé et puis c’est là que mon monde s’est écroulé devant moi. J’ai connu une séparation très difficile avec une ex. J’ai pas connu une bonne relation avec mon ex. puis, bref, ça a engendré une crise financière, une dépression, j’ai perdu des amis.es. Mes parents l’acceptaient par contre ma mère était au Témiscamingue, ma sœur aussi. C’était comme, j’avais leur soutien, mais pas physique, ma mère est assez âgée et ma sœur a une job qui demande énormément. Fack j’ai fait ma transition seule. J’ai dû apprendre à me maquiller, m’habiller. C’était une époque qui était très difficile. Et puis quand j’ai fait ma dépression. En revenant de ma dépression, j’ai perdu mon emploi parce que ma féminité n’était pas acceptée au travail. »

Seven sens : « Ça n’a pas dû être évident! »

Martine : « Vraiment pas! J’envoyais des CV partout, mais je ne recevais pas de réponses. Donc en manque de ressources, d’aide et d’outils. Parce qu’il n’en n’avait pas là-bas. Je cognais aux portes pis on me fermait la porte au nez parce que j’étais trans. Donc j’ai dû prendre la triste décision de partir de chez moi pour venir m’installer ici à Montréal. Parce que c’est ici qu’ils sont les outils pour terminer une transition. La chose la plus difficile que j’ai dû faire de toute ma vie! Parce que j’en ai passé au travers! Ça pas été facile pour moi d’être dans un personnage qui ne m’appartiens pas! D’avoir été abusé par un voisin. Mais la chose la plus difficile que j’ai dû faire de toute ma vie, ça a été de dire aurevoir à mes enfants parce que mon père quand j’étais jeune, il nous a abandonné. Et puis, j’avais promis à mes enfants que jamais je ne referais l’erreur de mon père. Finalement, à quelque part, c’est comme un abandon que j’ai fait. J’ai quitté! Pis juste de voir le regard de mes enfants, le sentiment d’abandon, ça vient te déchirer le cœur, te fendre le cœur en deux! C’est incroyable! »

Seven sens : « Aujourd’hui, est-ce que tu parles encore à tes enfants? »

Martine : « Aujourd’hui, les enfants me parlent plus. »

Seven sens : « ok »

Martine : « Mais tsé, mes enfants sont encore jeunes. Je vais leur laisser le temps de maturer un peu. Ils ont juste 11 et 12 ans. »

Seven sens : « ok »

Martine : « Fack je suis partie avec une simple valise. Et j’ai vécu 2 ans dans la rue à Montréal. »

Seven sens : « Quand tu dis, 2 ans dans la rue, tu parles en mode itinérance? »

Martine : « Ouais! »

Seven sens : « ok! Il y a tu des gens qui t’ont aidé, des organismes? »

Martine : « À Montréal oui! J’ai eu beaucoup d’aide par contre. J’ai eu de l’aide de ATQ qui se retrouve être L’Association des Trans du Québec. ASTTEQ aussi qui m’a beaucoup beaucoup aidé. Au niveau nourriture. Mais c’est pas facile quand t’es une personne trans qui est. J’allais dans des centres d’hébergement pour femme, c’était pas facile non plus pour moi là parce que tsé tu te fais regarder comme si t’étais un extra-terrestre venu de Mars. Venue envahir le monde humain! Mais tsé, j’ai jamais lâché prise, j’ai persévéré, j’ai foncé. Pis j’ai eu, il y a trois ans passés, mon logement ici qui est subventionné. Un mois après, j’ai eu ma chirurgie. Par contre, avec ma chirurgie, ça a tombé quasiment en même temps qu’il y a eu la covid. J’ai fait une dépression durant l’été. Je me suis ramassé en psychiatrie parce que j’ai faite une tentative de suicide. Et puis, bref, où je suis rendue présentement dans ma vie, c’est que je suis en train de recharger mes batteries. Je suis en train de me replacer financièrement. Là je suis en mode déménagement parce que j’ai trouvé un logement subventionné qui est permanent. Ici c’était juste un programme de trois ans de réinsertion sociale. »

Seven sens : « Pis là t’habites toujours à Montréal dans le fond? »

Martine : « Oui je vais rester à Montréal, je vais rester proche du Jardin Botanique. »

Seven sens : « C’est central, proche du quartier gay. »

Martine : « Exactement! Présentement, avec Tik Tok, ce que ça m’a apporté beaucoup de visibilité. J’ai commencé à faire du contenu que les gens apprécient énormément! En parlant de ma communauté. Puis tout récemment, il y a eu l’histoire du petit Alex, disant qu’il s’est enlevé la vie à Gatineau. »

Seven sens : « Oui c’est vraiment triste! »

Martine : « Vraiment! Pis c’est là que j’ai remarqué que ça n’avait pas changé du tout! Parce que moi quand je suis partie de là, justement il y avait un manque de ressources! Pis ça a pas changé! Pis j’ai un projet en tête que je veux réaliser. Au printemps prochain, à mes 50 ans en plus, moi ce que je veux faire, le tour du Québec à pied! Je veux aller dans des régions éloignées, raconter mon histoire, pis démystifier un peu la communauté! Je veux ramasser des dons pour ouvrir des centres à l’extérieur de Montréal qui est un énorme besoin! »

Seven sens : « Quels genres de centres? »

Martine : « Des centres d’aide pour la communauté. Es centres de rassemblements pis d’aide et d’entraide. »

Seven sens : « Il y en a un peu dans certaines régions. »

Martine : « Il y en a un peu dans certaines régions, mais on a encore un gros manque.

Seven sens : « Parce que tsé je pense en Estrie il y a Trans-Estrie. Bon là ce qui est triste, il manque de financement. Donc à partir du 1er avril, ils doivent cesser leurs services. »

Martine : « Quand tu regardes à Gatineau qui et juste à côté de la Capitale nationale pis même Ottawa n’offre même pas de service pour la communauté trans. C’est ça en gros mon projet! C’est aussi de faire signer une pétition pour qu’on ait une meilleure qualité de vie pis envoyé ça à Québec. Pis de demander au gouvernement de mettre en place des spécialistes dans des écoles aussi parce que ça c’est un énorme manque! Des psychologues! Moi j’avais ça dans le temps. Au secondaire et au primaire, on avait des psychologues. Aujourd’hui, on trouve plus ça. C’est un gros manque! Voilà en gros mon projet!

Seven sens : « Concrètement, ton projet, tu nommes que tu veux aller parler dans différentes villes et tout. Je pense que ce que tu disais sur Tik Tok, c’est que tu voulais marcher d’un point A, B, etc. Donc concrètement? »

Martine : « Oui c’est ça! Je veux faire une map et je veux vraiment faire vraiment le tour. Vraiment à pied là, marcher. Puis je veux médiatiser le tout aussi. Peut-être en faire une téléréalité on sait jamais.»

Seven sens : « On sait jamais! Mettons tsé, pour concrétiser ton projet, c’est quoi l’aide que tu aurais de besoin? Tu lances un appel à tous là! Qu’est-ce qui te serait utile pour réaliser ton projet? »

Martine : « Ben ça serait d’avoir des commanditaires, d’avoir l’appui de ma communauté surtout. D’en parler aux centres justement comme tu disais, en Estrie, tu disais, Trans-Estrie. Aller voir ces organismes-là pour avoir leur appui aussi. Puis faire une pub annonce dans des journaux, à la télévision, à la radio. Commencer à préparer et à tâter le terrain. Que les gens se préparent à ça mon gros projet que je veux entamer. Il faut en parler maintenant. Il y a encore trop cette problématique-là de personnes qui souffrent, le taux de suicide chez les trans est très élevé. Moi j’ai perdu un ami. »

Seven sens : « Est-ce qu’on connait des statistiques? »

Martine : « Il y en a, il faudrait que je vérifie, il est très élevé. C’est ça encore une fois que je trouve dommageable. Comme mon ami qui s’est pendu dans une chambre d’hôtel, aux yeux de l’état ça devient un tas de poussière qu’on va tasser dans un coin, ça va devenir un chiffre, une statistique qui ne devrait pas être, ce sont des êtres humains! Le gouvernement devrait nous aider à ce niveau-là. Je trouve ça déplorable pis le petit Alex qui s’est enlevé la vie à 10 ans. C’est là que je me suis dit : Wow, Il faut qu’il y ait de l’avancement, une évolution qui se fait! On régresse dans la société. C’est sûr que la covid n’a pas aidé. Mais par contre tsé faut continuer à sensibiliser et à démystifier, à informer. Parce que là encore, c’est un gros manque! Couper dans les services dans les écoles d’éducation sexuelle. Ce que je trouve déplorable. Faut en parler! C’est pas juste la communauté trans! La diversité sexuelle est tellement rendue grande qu’aujourd’hui dans la société, ça prend un dictionnaire pour définir toute cette beauté! Malheureusement, la communauté trans reste l’une des plus opprimées. »

Seven sens : « Ok, je comprends. Tu parlais de sexualité, c’est tu quelque chose que tu souhaites nous parler aujourd’hui. Admettons, la réalité que tu vis au niveau de ta sexualité? »

Martine : « La réalité que je vis au niveau de ma sexualité? Je vais partir de ma jeunesse. Pour moi tsé mon pénis à prime à bord a toujours été un handicap. Moi j’étais prude, j’avais de la misère à avancer sexuellement. J’ai perdu ma virginité j’avais 25 ans. 25 ans! J’étais pas à l’aise avec mon corps! Bref, avec mon ex côté sexualité, ce n’était pas le best. Elle était, mon ex était quasi asexuée! On le faisait genre aux 2 mois! Fack j’ai pas réussi à pouvoir découvrir ma sexualité en tant que Martin, mon personnage. Aujourd’hui, avec ma chirurgie. Ce que j’appelle moi un nouveau jardin à faire fleurir. J’ai eu quelques expériences. Ma toute première expérience c’était avec une amie que j’avais rencontré sur Messenger Facebook qui habite loin par contre. Mais ça été vraiment la plus belle expérience que j’ai eue. J’en avais des frissons tellement que c’était beau, hot. Pis il faut que je mentionne à tout le monde que oui je suis clitoridienne, vaginale et même fontaine. »

Seven sens : « Wow »

Martine : « C’est fou comment la médecine est rendue aujourd’hui! »

Seven sens : « C’est impressionnant! »

Martine : « Très impressionnant! Par contre, j’ai eu des mauvaises expériences aussi. Dans un monde libertin. Malheureusement pour moi, ma perception à moi. Je vais te donner un exemple : je prenais des photos de moi coquine dans des groupes coquins. Et puis là il y a des gens qui venaient me voir : On te trouve belle, on aimerait ça te rencontrer, voir s’il y a une chimie, viens-nous voir en privé. Fack là j’allais en privé pis moi je suis honnête de nature. Je mentionne, avant de mentionner par contre je nomme : Est-ce que vous êtes ouverts d’esprit? Ah oui oui, on est super ouverts d’esprit! Jusqu’à quel point? On est open all the way! Parfait! Juste vous dire que je ne suis pas née dans le bon corps. Pis à ce moment-là, on me fuit, on me bloque! Pourquoi on fait ça? Parce qu’on a peur de ma réalité, on a peur de l’inconnu. Là je suis obligée de refaire des capsules vidéo dans ces groupes-là pour leur dire : Écoutez, je peux comprendre qu’il y en a qui ne sont pas à l’aise avec ça! C’est normal! Pis des standards, j’pense qu’on s’entend que tout le monde en a hein! Tout le monde a des standards! »

Seven sens : « Tout le monde a ses intérêts, ses goûts, ce qu’il aime, ce qu’il déteste.»

Martine : Ça je respecte ça! Par contre, quand tu viens me dire que je suis belle femme que bref t’aimerais ça me rencontrer, tu me dis que t’es ouvert d’esprit. Juste par le simple fait que je mentionne que je ne suis pas née dans le bon corps. La perception des gens de voir Martin au lieu de moi. Parce que c’est ça l’imagine qu’ils se font du moment que je le mentionne. C’est pour ça qu’ils me bloquent, qu’ils me fuient. Fack dans les vidéos ce que je mentionne, ce que je dis c’est : Faut pas avoir peur! C’est comme si tu prends un livre que tu regardes la page couverture tu le sers. Au lieu de le serrer, ouvre le livre, apprends le contenu, apprends la personne. Tu vas peut-être passer à côté d’une personne qui est fantastique, extraordinaire! Tant intérieure. Pis tu vas peut-être manquer la plus belle expérience de ta vie aussi. Tsé c’est vraiment la connaissance, la base. Pis c’est là qu’on s’aperçoit qu’il y a un gros manque d’informations pis d’éducation à ce niveau-là. »

Seven sens : « Pis tsé dans le fond, quelqu’un qui se questionne au niveau de est-ce que je suis peut-être trans? En fonction de ce que tu viens de nous mentionner comme difficultés. Ça serait quoi les conseils que tu donnerais à cette personne-là? »

Martine : « Moi ça serait, ça dépend de la personne, ça dépend de l’âge aussi. Humm moi je dirais va parler à un spécialiste. Tu peux toujours venir m’en parler. Comme moi sur Tik Tok justement je suis comme rendue une coach de vie pour la communauté. Parce que j’ai des parents d’enfants trans qui viennent me consulter. J’ai des trans qui commencent ou qui ont des questionnements et qu’ils viennent me consulter. Je suis à veuille de m’ouvrir un bureau! Bref je leur dis, vous pouvez venir m’en parler! À partir de là, je peux donner des outils. Moi la seule chose que je peux dire, c’est d’en parler avec des spécialistes, d’en parler avec ton médecin. D’en parler avec, de commencer à consulter un psychologue. C’est vraiment là! C’est pas toujours facile d’en parler soit avec un membre de la famille ou soit avec un ami. Parce que on a toujours peur de se faire rejeter par des gens qu’on tient à cœur. »

Seven sens : « Effectivement, ça ne doit pas être évident! Pis tsé toi t’as fait les démarches dans le fond pour ta transformation. Concrètement, qu’est-ce que t’as dû faire comme démarches? Du moment que tu sais que tu veux changer de sexe, il doit y avoir un nombre de séances. Exemple psychologue, suivi médical pour faire toutes ces étapes-là. »

Martine : « Ben c’est ça! Moi là, ça a été vraiment de, j’en ai parlé à mon médecin de famille. Qui elle par la suite m’a référé à des psychologues. J’ai été consultée. Puis quand que tu fais. Ça, ça dépend toujours quand tu fais psychologues parce que t’a deux sortes de rendez-vous, tu as le rendez-vous pour les hormones et ensuite, tu as le rendez-vous pour la chirurgie. Moi dans mon cas ça a été rapide! En général, c’est six rencontres. Soit pour les hormones, soit pour la chirurgie. Moi j’ai juste eu un rendez-vous! Ma psychologue m’a dit; Tu en connais plus que moi! T’as bien fait ton travail! »

Seven sens : « Ok! Elle te voyait très prête! »

Martine : « Moi j’étais prête! J’ai fait un tas de recherches là-dessus! Pis à m’a dit; c’est beau! Tu peux avoir tes hormones! Pis j’ai eu un deuxième rendez-vous pour la suite, juste pour voir comment ça se passait avec le changement, l’environnement »

Seven sens : « Est-ce qu’on sait il y a combien de temps d’attente à peu près avant la chirurgie? Au niveau médical. »

Martine : « Une fois que tu as entamé, bref, c’est un an de traitement hormonal avant de faire ta demande pour la chirurgie. Une fois que t’as eu ta demande pour ta chirurgie, c’est à peu près un mois d’attente. Avec la covid ça peut être changé parce qu’il y a eu un arrêt à ce niveau-là. Mais en général, c’est à peu près je te dirais alentour d’un an et demi, deux ans. »

Seven sens : « Ouin c’est quand même un long processus. Mais tsé je pense que c’était nécessaire aussi pour s’assurer que la personne elle soit sûre qu’elle ne va pas changer d’idée que logiquement c’est correct. C’est sûr qu’il y a des enjeux. »

Martine : « Surtout parmi les jeunes. On s’entend que les jeunes, surtout chez des adolescents.es sont en période de recherche d’identité eux-mêmes. C’est là que les rendez-vous avec les psychologues vont être plus longs. C’est normal! »

Seven sens : « Ben c’est sûr que le professionnel va évaluer le suivi, la personne où elle en est rendue puis ce que c’est nécessaire de faire comme suivi avant de passer à la prochaine étape. »

Martine : « exact »

Seven sens : « C’est normal! Dans le fond, aujourd’hui en cette journée de la visibilité trans, il y a-t-il un message que tu aimerais faire passer à la population sur les personnes trans? »

Martine : « Juste de nous accepter telle qu’on est. Juste ça, de nous inclure dans la société! On n’est pas des bêtes de cirque! On est des êtres humains comme tout le monde! Ça c’est juste de la matière! On a quand même de quoi à l’intérieur! On a un cœur et des sentiments comme tout le monde! Ça fait pas de nous des mauvaises personnes! On est tous et toutes faites de mêmes souches de prime abord. Je parle au niveau de ma communauté mais ça vient chercher sous toutes ses formes dans la société. Peu importe que tu sois obèse, que tu sois noir, jaunes, que tu ailles des tattoos, qu’un homme fasse une job en mécanique pas en mécanique, mais qu’un homme fasse une job en manucure, qu’une femme fasse une job en mécanique. On est tous et toutes des êtres humains! Acceptez-nous! On est là pour rester de toute façon! Il y en a de plus en plus qui sortent du placard! Il y en a de plus en plus qui vont s’afficher. Juste nous accepter! Et nous inclure dans la société! »

Seven sens : « Super! Puis j’ai oublié de te poser la question au début. Chaque personne est propre au genre de pronom que la personne veut. Qu’on utilise avec cette personne-là. Il, elle, iel, ille, il y a plusieurs variables. Toi il y as-tu un pronom que tu préfères que les gens utilisent avec toi? »

Martine : « Elle, c’est elle tout simplement! »

Seven sens : « ok! Parce que c’est ça, ça peut changer d’une personne à l’autre pis on essaie toujours d’être le plus respectueux possible. Pis c’est sûr que il faut jamais prendre pour acquis non plus. Faut demander à la personne ce volet-là, comment elle aime se faire appeler. T’as parlé un peu du coming out tantôt, y a-t-il des choses que tu aimerais nous parler un peu plus comment s’est passé ton coming out. Tu as parlé un peu de la réaction de ta famille, mais je ne sais pas s’il y a des choses, les collègues, les gens autour, les voisins, comment ils ont réagi? »

Martine : « Ben moi, c’est sûr qu’avec mon ex, ça c’est vraiment pas ben passé. Comme j’ai dit, j’ai perdu mes amis.es, j’ai dû partir de là pour déménager. Je n’étais plus capable de rester là. Je suis déménagée dans un petit logement. Ça a pas été facile! Le regard des gens! J’étais une hermite dans mon appartement! »

Seven sens : « Ça a pas été facile dans ton cas. En ce moment, c’est juste par curiosité, au travail, est-ce que tu réussis à travailler? Puis si oui, comment ça se passe dans le milieu de l’emploi? »

Martine : « Non, comme c’est là, je ne travaille pas. J’ai faite deux dépressions sévères! Mentalement, psychologiquement, je ne suis pas prête à retourner sur le marché du travail. Je veux vraiment prendre le temps de booster mes batteries. Après ça, ce que j’aimerais faire, ça serait de, ça serait d’aller à l’université. Je sais que tu peux aller chercher un certificat à l’université qui dure un an. »

Seven sens : « C’est quoi le certificat? Ça s’appelle comment? »

Martine : « Ça je ne le sais pas! Dans divers domaines. Moi ça serait en intervention psychosocial pour justement ma communauté. »

Seven sens : « Pour pouvoir offrir du soutien à ta communauté. Je comprends! C’est un beau projet! »

Martine : «au travail, je veux juste revenir en arrière, parce que tu mentionnais comment au travail ça c’était passé mon coming out. Moi ça a été très problématique! Avec ma patronne, ça a été difficile, fallait tout le temps que je me justifie à toutes les fois que je faisais de quoi! Un exemple, je me suis fait percer les oreilles. Elle me fait rentrer dans son bureau : ah ben cris de tabarnak, on était censé de travailler ensemble pis t’arrive icitte avec des crisses d’oreilles percées! J’ai vraiment vécu du harcèlement de sa part, du langage assez corsé aussi. J’ai trois lettres de mon médecin de famille, mon endocrinologue, ma psychologue comme quoi fallait que je sois reconnue en tant que femme au travail! Ça a jamais été accepté ça! Ils l’ont pas. Quand t’es pas dans ton élément, t’es pas bien non plus! »

Seven sens : « En même temps, c’est un peu de la discrimination, on regarde les écoles. Au niveau des règles scolaires, les écoles sont tenues de respecter le choix identitaire d’une personne. Puis de faire les changements de noms. Ça sinon, ils peuvent se faire poursuivre pour de la discrimination. »

Martine : « C’est ça que j’essaie de faire aussi, monter un dossier contre mon ancien employeur.»

Seven sens : « ok. Ça fait combien de temps que tu es plus avec eux? »

Martine : « J’ai été congédiée en 2017, ça recule encore assez loi. »

Seven sens : « Faudra voir avec un avocat pour la prescription de la loi sur la discrimination si tu rentres dans les délais. Mais oui, renseignes-toi! »

Martine : « Ça reste à voir, je vais me renseigner c’est sûr! »

Seven sens : « Y a-t-il d’autres informations que dans le fond, tu aimerais partager? »

Martine : « Je pense que tout a été dit! »

Seven sens : « Un pas pire tour! Excellent! Puis est-ce qu’on peut te suivre sur d’autres plates-formes, réseaux sociaux, blogue, peu importe, site web? »

Martine : « Sur Instagram, je viens de commencer sur Instagram. J’utilise pas mal plus Tik Tok. »

Seven sens : « Mais on le sait qu’avec le projet, tu vas peut-être envahir plus de réseaux sociaux dans la prochaine année. Donc ça peut valoir la peine de mentionner dans le blogue, les différentes plates-forme que tu utilises dans le fond. »

Martine : « Exactement! Moi j’ai juste un mot à dire aux personnes qui qui commencent leurs transitions pis qui ont peur d’en parler. Moi j’ai, quand j’ai fait mon un an de recherches, soyez prêts mentalement. Moi c’est le conseil que je vous donne, soyez prêt mentalement! Parce que c’est sûr qu’il y a des répercussions qui viennent avec. Moi je les ai assumés, accepté. Je ne pensais pas que ça aurait été aussi grand par contre! Ça fait partie de la transition! Tu vas en avoir des pertes! Mais faut pas non plus rester dans le silence. Plus t’attends longtemps, plus ça va être difficile! »

Seven sens : « C’est important d’être intègre envers soi-même. De se respecter et de savoir qui on est. D’oser, oser aller de l’avant. Puis s’assumer comme personne! »

Martine : « Justement, moi aujourd’hui, malgré tout ce que j’ai passé au travers toute ma vie. Je peux me donner une bine sur l’épaule puis de me dire : Ouais, t’as réussi! Je suis tellement fière en plus! Malgré tout! Je suis fière de la femme que je suis devenue aujourd’hui! »

Seven sens : « Tu peux effectivement être fière! T’as faite un beau parcours! »

Martine : « Merci! »

Seven sens : « Écoute, merci beaucoup pour l’entrevue avec nous! Dans le fond, on va rappeler aux gens de s’abonner à ta chaine Tik Tok donc martine_national. On va mettre aussi Instagram ou autres liens pour les réseaux sociaux! »

Le soir même, Martine m’a envoyé un message vocal pour compléter des éléments qu’elle avait oublié durant l’entrevue :

Martine : « En passant, on a passé à côté du sujet. J’aurais aimé ça parler de dilatations aussi. Parce que ça aussi, ça fait partie de mon quotidien, parce qu’il faut que je me dilate à tous les jours. Les débuts de vie des dilatations, tu n’as plus de vie sociale pentoute! Pour le premier mois, les dilatations c’est 4 fois par jour. Tu dilates pendant 35 minutes avec un dildo en plastique dur. Après à chaque dilatation, tu vas faire une douche vaginale. Ensuite c’est le bain de siège environ 15 minutes. Pour ensuite revenir au lit, les jambes écartillées, tu es nue et tu laisses sécher 45 minutes. Ça c’est un mois. Le deuxième mois, tu tombes à trois fois par jour pour les trois prochains mois. Puis après tu tombes à deux fois par jour pour les trois prochains mois puis après ça, c’est à vie. Moi je suis rendue au stade que je n’ai plus besoin de le faire à tous les jours. Je trouvais ça pertinent de le dire. »

Nous remercions vraiment Martine Marion pour cette superbe entrevue! C’est une femme merveilleuse qui a su nous toucher avec son parcours exceptionnel! En espérant qu’elle puisse réaliser son projet prévu pour 2023 ainsi que tous ce qu’elle entreprendra!

N’oubliez pas de la suivre :

Tik Tok : Martine_national

Instagram : Martine_national

Des références mentionnées :

ATQ : Aide aux Trans du Québec

https://atq1980.org

ASTTEQ : Action Santé Travesti(e)s & Transsexuel(le)s du Québec
astteq.org/fr/

D’autres ressources complémentaires :

Bottin de ressources d’organismes communautaires fait par le Comité pour la diversité sexuelle et l’identité de genre (mise à jour en 2014)

Organisme Divergenres

Coalition des familles LGBT+

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