Beaucoup de personnes qui ne connaissent pas le milieu BDSM ou qui n’en sont pas assez informés peuvent souvent penser que ce mode de vie est lié à de l’abus. Dans les deux cas, une personne à un contrôle sur l’autre et ça peut laisser des marques, mais ce sont les seules ressemblances.

Avec la popularisation du BDSM grâce aux médias ou la littérature érotique, certains ont même pu justifier leurs actes comme étant du sadomasochisme ou des jeux de rôle. Il est important de constater que le contexte n’est pas le même et que plusieurs notions doivent s’appliquer pour être considéré comme sain.

Les pratiques qui sont liées au BDSM sont complètement à l’opposé des abus que l’on peut constater comme dans les cas de violences conjugales. Pour mieux comprendre les différences entre les deux, il est préférable de les expliquer plus en détail.

 

Le cycle de l’abus

Le psychologue Lenore Walker a développé une théorie en 1979 sur le cycle de l’abus sur lequel les experts se sont reposés jusqu’à aujourd’hui encore. Il s’agit d’une boucle en 4 étapes qui se répète dans le couple où de la violence est présente.

Un climat de tension
Durant cette première étape, la situation devient difficile. Elle peut être causée par de nombreuses sources de stress provenant du travail, des enfants, des problèmes familiaux ou tout simplement de la vie de tous les jours. La tension monte graduellement et peut durer entre quelques minutes et plusieurs mois.

Durant cette période, on peut constater une diminution de la communication entre les deux partenaires et une augmentation de la peur chez la victime. Elle peut essayer de réduire la tension et calmer l’agresseur par divers moyens, mais bien souvent, ça ne fait que retarder l’étape suivante.

La crise
C’est à ce moment que l’abus se produit. Il peut prendre la forme de violence verbale, psychologique ou bien physique. L’agresseur va faire preuve de menaces, de reproches ou d’intimidation dans le but d’exercer un pouvoir sur sa victime lorsqu’il s’agit de violence verbale ou de coups et blessures dans le cas de la violence physique.

L’agression peut passer au travers de nombreuses émotions intenses comme la colère ou la jalousie.

La réconciliation
C’est la période de justification durant laquelle l’agresseur tente de se faire pardonner par des excuses et de faire raisonner en expliquant ce qui a pu le pousser à agir ainsi. Dans certaines situations, il peut chercher à mettre le blâme sur la victime sur la crise qui s’est déroulée ou même prétendre qu’elle ne s’est jamais réellement produite.

Une chose est sûre cependant, c’est que peu importe les excuses ou les promesses pour changer, ce ne sont que des mots et il y a fort à parier que ça recommencera à nouveau dans un nouveau cycle.

Le calme
Il n’y a plus de problème, le calme s’est établi et la crise précédente semble presque oubliée. Cette période s’appelle la lune de miel où le couple semble vivre agréablement jusqu’à ce que le cycle se répète quand le climat de tension refasse surface.

 

Le cycle du BDSM

À l’inverse de celui de l’abus, le BDSM se construit sur une base de confiance et de respect. Les partenaires décident ensemble des pratiques et du déroulement de ceux-ci ou sont au moins négociés pour déterminer ce qui est autorisé ou non.

La communication
En se parlant ouvertement de leurs intérêts, leurs attentes et leurs désirs, les partenaires peuvent apprendre l’un sur l’autre. Par l’écoute active, la confiance se bâtit permettant une plus grande complicité et intimité entre eux.

L’entente
Aussi appelé la négociation, elle permet aux partenaires de s’exprimer sur leurs limites et de définir les règles de la séance à venir. De cette façon, chacun est conscient de ce qui s’en vient et reflète leurs intentions communes. Dans le cas où ça ne convient plus, la présence d’un mot de sécurité permet de pouvoir mettre fin immédiatement.

La séance
Grâce à l’entente, la séance se déroule dans un cadre établi et sécuritaire en ayant les grandes lignes déjà confirmées. Généralement, une séance comporte un début et une fin clair qui sont définis et prévus. Sauf si ça a été convenu à l’avance, les pratiques, comme le sadomasochisme ou le bondage, ne se produisent pas en dehors de la période prévue.

L’aftercare
En prenant un moment pour se relaxer, se coller ou se reposer, ça permet de revenir les pieds sur terre et retourner au mode de vie habituel sans être trop brusque. Que ça se fasse seul ou à deux, il est convenu dès le départ. L’important est avant de se sentir à l’aise et en sécurité.

Le suivi
Au cours des heures ou des jours qui suivent, les partenaires échangent afin de mettre de l’avant ce qui s’est bien passé et ce qui pourrait être amélioré pour les fois suivantes. La communication ouverte est nécessaire et permet de mieux se connaître et de perfectionner ses techniques pour des séances encore meilleures par la suite.

 

Les différences

Les cycles de l’abus et du BDSM sont différents dès le départ, mais il y a également des points dans l’ensemble qui doivent être mis de l’avant pour particulièrement justifier si vous êtes dans un contexte d’abus ou de BDSM.

La prévisibilité
Une agression se produit dans un moment que l’on ne peut pas déterminer avec précision. Ça peut arriver dans quelques minutes ou dans plusieurs jours. Dans le cas de la séance de BDSM, on a le temps de s’en faire une idée et de s’y préparer. Certains jeux peuvent rajouter un facteur d’imprévisibilité pour augmenter l’excitation, mais dans ce cas, il est tout de même prévu qu’il y aura quelque chose qui se passera durant une période convenue.

Le consentement
Si vous n’avez pas consenti à une certaine forme de violence, alors il s’agit d’une forme d’abus. Toute relation saine repose sur une part d’un consentement dans les deux sens et le BDSM n’en fait pas exception. En raison des dynamiques plus complexes, il comporte une importance encore plus grande.

La négociation
Pour en revenir sur l’entente, les limites et les règles sont définies avant les premières pratiques. Si l’un des partenaires n’est pas à l’aise avec une activité ou des points en particulier, le non-respect de cette consigne devient un bris de consentement.

Le plaisir
Dans les deux cas, on peut constater une dynamique de pouvoir de l’un sur l’autre. Celle du BDSM repose sur le plaisir de l’échange de pouvoir alors que l’abus consiste à créer un climat de peur et de contrôle pour se l’approprier. Le sentiment de peur fait partie de certains jeux dans un but de créer de l’excitation lié à l’imprévisibilité. S’il n’y a aucun plaisir ressenti au travers de cette peur, alors ce n’est pas du BDSM.

L’échappatoire
Dans une situation d’agression, la victime ne peut pas s’échapper de cette situation. Même que d’essayer de s‘en sortir pourrait provoquer de la colère chez l’agresseur augmentant alors la violence. Dans le cas du BDSM, les mots de sécurité sont établis pour justement mettre fin à n’importe quel jeu immédiatement en toute sécurité. C’est une façon de s’échapper quand la séance va trop loin ou que l’on est plus à l’aise.

 

En conclusion

Lorsque l’on regarde une relation de l’extérieur il peut être plus difficile de distinguer la différence entre les deux, surtout auprès de ceux qui connaissent mal les dynamiques BDSM. En connaissant mieux les règles et le fonctionnement de ces types de relations, on remarque rapidement quand celle-ci est saine ou non.

Si vous pensez que vous n’êtes pas dans une relation saine ou que vous subissez des formes de violences qui font plus partie du cycle de l’abus plutôt que celui du BDSM, il est recommandé d’aller chercher de l’aide auprès de professionnels. Des solutions existent et vous n’avez pas à vivre ce genre de situations.

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