Cette surprise a été mise en lumière par une professeure américaine sous le concept d’amatanormativité. Ce mot particulier désigne simplement la normalité attendue dans les relations amoureuses sur de nombreux aspects. En se basant sur cette généralité, on pourrait alors s’attendre à ce que tout le monde soit dans des relations monogames, hétérosexuelles et hétéroromantiques. Pour aller encore plus loin, la situation de couple serait l’état le plus préférable puisque l’on met l’accent sur l’amour comme étant l’un des sentiments les plus importants. C’est dans cette optique que les célibataires se font toujours demander qu’est-ce qu’ils attendent pour trouver quelqu’un.
Ce concept de normalité à des particularités beaucoup plus vastes que de se limiter avec qui l’on peut développer une relation ou non. Il implique aussi tout comportement se rapportant à la sexualité ou à la romance. En voici certains exemples:
- La banalisation de la tromperie. Comme il est attendu d’être en couple uniquement monogame, on ne peut pas se permettre de voir d’autres partenaires, même si l’envie y est. La stabilité de la relation est précieuse et afin de la protéger, on évite les ruptures même quand ça ne va plus. Il devient alors banal de se tourner vers d’autres partenaires, obligeant alors de devoir se cacher pour le faire.
- La division genrée des tâches ménagères. Bien qu’il puisse y avoir certaines exceptions d’un couple à l’autre, on retrouve habituellement une répartition spécifique du travail à la maison. En se basant sur les stéréotypes, les tâches liées au ménage, la cuisine et la vaisselle sont attribuées aux femmes, alors que les travaux plus manuels et d’entretien, aux hommes. Les enfants grandissant dans une famille respectant cette répartition les considèrent comme la norme et vont certainement les reproduire une fois adulte.
- La gradation des relations. Toujours en se basant sur la généralité des relations, on peut constater une évolution qui passe par plusieurs étapes qui reviennent souvent parmi celles-ci. Il y a tout d’abord une rencontre, puis un emménagement ensemble, suivi d’un achat de maison, un mariage, un ou plusieurs enfants. L’ordre peut être différent d’une relation à l’autre. Certains aspects peuvent être manquants alors que d’autres peuvent s’ajouter, comme un divorce ou un décès. Au sens large, elles sont similaires et s’inscrivent alors dans une normalité dans laquelle il peut sembler dérangeant de s’en éloigner.
- Le jugement de la non-hétérosexualité. La cause LGBTQ+ a fait énormément de chemin depuis ses débuts. Malgré qu’elle est plus acceptée et les droits des homosexuels commencent à être reconnus, certains préjugés restent et d’autres orientations ont moins de visibilité. Contrairement à l’homosexualité, la pansexualité et l’asexualité sont des sujets encore très incompris. Un manque d’informations provoque un choc pour ceux qui ne les connaissent pas et provoque un sentiment de méfiance se traduisant par du jugement.
- L’infériorité des relations platoniques. Le sexe est tellement considéré faisant parti des relations amoureuses que l’on considère par défaut qu’elles sont associées. Les relations platoniques sont souvent vu comme ayant beaucoup moins d’importance et dont la séparation est beaucoup moins douloureuse.
La véritable question à se poser revient donc à se demander à quoi sert de faire son coming-out polyamoureux. En parlant ouvertement de son style de vie avec plusieurs partenaires permet de faire réaliser au monde que la diversité est présente. Ainsi, le couple hétéro et monogame, bien qu’il puisse toujours être majoritaire, n’est plus la seule option possible.
Ce n’est pas tout le monde qui soit complètement ouvert à sortir de cette normalité et il peut également sembler difficile de savoir vers qui se tourner quand on fait face à ce genre de préoccupations. En cherchant du support auprès des communautés polyamoureuses, il devient plus facile de s’ouvrir sur le sujet et d’échanger avec des individus qui ont pu passer par le même parcours et traverser les mêmes obstacles.
Il peut être intimidant d’en parler à son entourage direct et de faire face à leur éventuel jugement et les commentaires qui en suivraient. Il y a tellement de personnes à qui en parler sans que ça puisse affecter votre vie directement. Il peut s’agir de personnes que vous croisez et avec qui vous parlez de banalités sans développer d’affinités ou vous préoccuper si vous allez la revoir.
En entendant de plusieurs sources que des relations alternatives existent, le choc sera moins important quand ce sera un membre de leur famille ou de leur cercle d’amis qui feront un coming-out. Dans la situation actuelle, de nombreux polyamoureux continuent à vivre leur relation dans le secret pour ne pas affronter le regard de ceux qui leur tiennent à cœur et qui n’approuvent pas leur choix.
En conclusion
S’ouvrir au monde, même graduellement, aura des aspects bénéfiques sur vous-même qui assumerez votre mode de vie et sur la société qui découvrira une diversité plus riche. Le concept d’amatanormativité restera présent pour rappeler ce qu’est la majorité, mais rien n’y oblige à devoir y adhérer si elle ne vous convient pas.
Le coming-out ne s’adresse pas seulement de parler de ses partenaires, mais de tout ce qui peut sortir de la généralité. Vous êtes bisexuel, trans, asexuel, etc? Glissez-en un mot autour de vous que le message passe tout en respectant les limites des personnes et du contexte social.